La dépêche

Publié le par Webmaster

« Touche pas à nos écoles ! »

« Blocages » d'écoles primaires et manifestation, hier à Toulouse. Parents et enseignants craignent une mise à sac de l'école publique.

Hier matin à Elsa-Triolet, l'une des écoles « bloquées » par les parents. Photo DDM, Thierry Bordas.
Hier matin à Elsa-Triolet, l'une des écoles « bloquées » par les parents. Photo DDM, Thierry Bordas.

Revêtus de gilets jaune fluo, hier matin dans certaines écoles toulousaines, comme Auriacombe, Gallia, Elsa-Triolet ou l'école du Lac, des parents d'élèves ont empêché la tenue des cours. Comme un peu partout en banlieue, Launaguet, Villefranche-de-Lauragais (dix écolesdu canton), L'Union, Noé... Un « blocage » dont l'inspecteur d'académie, Jean-Louis Baglan s'empresse de saper l'ampleur : « On ne peut parler de blocage : les enfants peuvent entrer dans les écoles. Et les parents sont peu nombreux ; ils tournent d'école en école. »

Leur colère est pourtant bien réelle. A Elsa-Triolet, Hassna Dhroui, déléguée de parents explique : « L'école et l'avenir de nos enfants sont menacés par la réforme Darcos. Nous n'acceptons pas la suppression de postes de maîtres spécialisés dans les Rased, les menaces sur l'école maternelle, le désengagement de l'État dans le service public. Nous n'en resterons pas là », promet-elle. D'ailleurs, jusqu'ici diffuses, les opérations de « blocage » se coordonnent et devraient être renouvelées dans les jours qui viennent. A commencer par l'école Léo-Lagrange, dès ce matin, Daste après-demain.

Cette mobilisation des parents d'élèves, enseignants et directeurs d'établissements l'accueillent avec joie. « Ils sont les premiers concernés », constate Julie Muzy, directrice de l'école élémentaire Elsa-Triolet. Sa conslœur de Victor-Hugo, Maryse Bouttard, enfonce le clou sur une réforme jugée « régressive » : « Sur les contenus, c'est simple : c'est un copier-coller du programme de 1927. Lire, écrire, compter, c'est tout. Et surtout pas réfléchir. »

1 500 dans la rue hier

Signe de l'émotion que suscite la réforme, 1 500 personnes (1 000 selon la police) ont manifesté hier après-midi. Enseignants, syndicats et parents, renforcés par les lycéens et les étudiants d'IUT.

Maud Valun, dont les trois enfants sont scolarisés à Léo-Lagrange, a constaté les effets bénéfiques de l'accueil dès l'âge de deux ans : « Ce n'est pas seulement de la garderie. Il y a un réel apprentissage, en particulier sur le langage. »

Espèce en voie de disparition si la menace sur les postes de Rased est avérée, Pascal Delmas travaille dans la rééducation à la Faourette et à Bellefontaine. Par choix. Et par conviction de l'utilité de ce système dans la resocialisation de ces « enfants pas rentrés dans leur métier d'élève ». Et l'importance d'« un travail en amont que ne peuvent pas accomplir les enseignants dans les classes ». Il ne croit pas du tout dans le bénéfice d'une réforme « mécaniste », basée sur le rabâchage. Pas plus que dans les déclarations de l'inspecteur d'académie (lire ci-dessous) : « Jusqu'à preuve du contraire, les 3 000 suppressions de postes de Rased sont actées par le gouvernement. » Prochaine manif samedi.


Des lycéens en grève à Blagnac

Les lycéens aussi sont inquiets pour leur avenir. Inquiets, et sans doute en colère. Hier, une centaine de grévistes ont bloqué l'entrée principale du lycée Saint-Exupéry à Blagnac, y entassant palettes et grillages provenant du chantier du tramway. Ce qui n'a pas empêché la majeure partie des élèves de rejoindre les salles de classe.

Pour l'heure, le mouvement est quelque peu désorganisé. Pas de mot d'ordre commun mais de nombreuses voix réclament la démission du ministre de l'Éducation, Xavier Darcos, ou à tout le moins le retrait des réformes qu'il envisage. Les lycéens blagnacais parlent « de classes surchargées, à 34 élèves.

Avec la baisse du nombre des professeurs, ça sera encore pire dans le futur, on sera 50. » Ils dénoncent « la suppression d'options » ; «la culture réservée aux élites». Les grévistes envisagent de poursuivre leur mouvement au moins jusqu'à vendredi, jour d'une assemblée générale. Ceux qui le souhaitent pourront y parler, dans le calme cette fois, des réformes décriées.


« L'école maternelle n'est pas menacée »

Parents et enseignants s'inquiètent de l'avenir de l'école maternelle. Est-elle menacée ?

L'école maternelle n'est pas menacée. Le ministre n'a jamais dit qu'elle l'était. Il a seulement posé le problème de l'accueil des tout-petits. Il a dit que l'école n'était pas un lieu de garderie, mais d'apprentissage, sans remettre en cause l'excellent travail réalisé par les enseignants. Je rappelle que la scolarisation dès 2 ans ne représente que 13 % des enfants dans le département.

La fin de l'accueil des moins de 3 ans au profit de « jardins d'éveil » payants ne va-t-elle pas dans le sens de la privatisation de l'école publique ?

Les jardins d'éveil sont expérimentés dans deux départements, pas en Haute-Garonne. Ils ne remplaceront pas l'école maternelle et seraient pris en charge par les collectivités. Quand on dit que l'accueil est gratuit, je rappelle quand même qu'il est inscrit dans le budget de la nation.

La réforme Darcos prévoit 3 000 suppressions de postes en Rased, 6 000 dans les écoles. Avec quelles incidences sur la Haute-Garonne ?

J'ai dit et je redis qu'il est hors de question de supprimer les Rased, mais de les reconcentrer en modifiant leur implantation. Nous allons porter une attention particulière au réseau rural isolé, et il n'est pas question de toucher au réseau « ambition réussite » qui reste une priorité. Du point de vue mécanique, les suppressions de postes au niveau national correspondraient à 120 ou 130 postes dans le département. Mais il est impossible d'avancer un chiffre : nous n'avons pas encore la dotation. Ce que l'on sait, c'est que les écoles du département comptent cette année 106 000 élèves. Il y en aurait 900 de plus à la rentrée 900, selon nos prévisions. Mais attention ! L'année dernière, j'avais prévu 20 élèves de plus et nous en avons eu 300 de moins.


 


 

Education. «La réforme oui, mais pas sans nous et pas contre nous»

Des parents d'élèves, profs et représentants syndicaux ont rejoint les lycéens dans la rue hier.

Adultes et lycéens ont utilisé des chariots de supermarché pour dénoncer symboliquement une réforme purement économique du système scolaire.Photos DDM, Alain-Marc Delbouys
Adultes et lycéens ont utilisé des chariots de supermarché pour dénoncer symboliquement une réforme purement économique du système scolaire.Photos DDM, Alain-Marc Delbouys

Aujourd'hui à 14 heures, les lycéens ont prévu de se retrouver dans l'amphithéâtre du lycée Bellevue pour une assemblée générale où ils décideront des actions à venir. Outre un « réveillon à l'école » prévu lundi au lycée Rascol, les lycéens envisagent une journée de forte mobilisation mardi prochain avec blocage des principaux lycées d'Albi, Carmaux, Gaillac et Castres. Des actions qui seront soumises à un vote en assemblée générale.

Ils étaient environ 200 hier, rejoints par une centaine de parents d'élèves de la FCPE, d'enseignants des 1er et 2nd degrés, de Rased et de quelques représentants syndicaux, à partir de 16 heures place du Vigan.

« Il n'y a pas de mot d'ordre syndical clair. Les profs ont beaucoup donné, essayé de lever la base pour être écoutés. C'est usant à force », explique un enseignant de Bellevue venu manifester contre la réforme des secondes. Une mobilisation régionale des enseignants serait prévue samedi 13 décembre à Toulouse.

« Pour moi avec le système des options, c'est une réforme élitiste. Il faudra être bien informé pour s'orienter. Et avec des modules qui seront évalués en interne, il y a une menace sur le bac » explique Frédérique Boyer, professeur de mathématiques et représentant FSU.

« Pour l'année prochaine, je ne sais rien, mais à mon âge, je ne vais pas reprendre une classe », expliquait cet enseignant de Rased du Carmausin.

« Où est l'intérêt des enfants quand on supprime les Rased ?.. Je pense que les parents n'ont pas encore bien compris les conséquences des réformes Darcos. Elles creusent à la pelleteuse le fossé des inégalités » estime Nathalie Leuger-Ferrant pour la FCPE, en prônant une seule façon d'agir : « ne pas se taire surtout en période de crise où les gens ont tendance à se replier sur eux-mêmes ». « La réforme oui, mais pas sans nous et pas contre nous » signifiaient clairement les pancartes brandies par certains lycéens, bien décidés à réussir à se faire entendre.

Pour Dario Penabatista, professeur de philosophie au lycée de la Borde-Basse à Castres, « c'est le manque de clarté et le peu d'informations qui filtrent qui créent de l'angoisse des parents et des professeurs. L'objectif et de faire passer les profs pour des gens hostiles à toute réforme… On sait que le lycée est malade, mais on ne peut pas le réformer dans la précipitation ». M.L

 

Publié dans Revue de presse

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