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À Indre, l'instit devenu héraut malgré lui de la lutte anti Darcos

Sami Benmeziane, 43 ans, instituteur à l'école publique Jules-Ferry à Indre. « Cet homme-là est tout sauf violent, note Catherine Poquet, directrice. Sa classe est un espace de parole permanent. » Sami Benmeziane, 43 ans, instituteur à l'école publique Jules-Ferry à Indre. « Cet homme-là est tout sauf violent, note Catherine Poquet, directrice. Sa classe est un espace de parole permanent. »

Sami Benmeziane, 43 ans, est poursuivi pour 'rébellion et résistance violente' après avoir été interpellé en juin dernier lors des manifestations contre les mesures Darcos. La mobilisation est forte pour le soutenir.

Ce jour-là, il était « en sandales » avec « des lunettes de soleil sur le front ». À cette décontraction vestimentaire, ajoutons un physique juvénile. 1 m 70 tout en os mais bel homme, un goût prononcé pour le jardin, le vélo, le jazz et la musique baroque, et voici dessiné à grands traits le portrait-robot de Sami Benmeziane, instituteur séditieux de 43 ans, militant FSU, soupçonné d'avoir cassé le doigt d'un policier, mercredi 11 juin, au sein de l'inspection académique de Nantes. C'était en pleine vague des manifestations contre les mesures Darcos en Loire-Atlantique, rare département de France à jouer les trublions sur le sujet. Ce mercredi-là, près de 400 enseignants, parents d'élèves et enfants avaient investi les bâtiments administratifs. Tous les participants l'affirment : « L'occupation était pacifique ».

Jugé en février

Un appel téléphonique de l'inspecteur d'académie au préfet plus tard, les policiers ont débarqué. Rapidement, ils ont chargé. « C'était paniquant, témoigne une institutrice de classe de maternelle. On s'est retrouvé compressés dans un escalier, pris dans le flot de la bousculade. » « On était désemparé face à la tournure des événements, reprend Sami Benmeziane. Je me suis retrouvé face à un policier, j'ai crié : 'Arrêtez, on est là pour défendre l'école'. »

Ensuite ? La cohue, et le doigt cassé. Convoqué devant le tribunal correctionnel en février pour « rébellion et résistance violente à un agent de la force publique », l'instituteur encourt un an de prison et 15 000 € d'amende.

Spirale « démentielle »

A Indre, commune où Sami Benmeziane exerce, enseignants, parents et élus font corps. « Ce qui arrive est démentiel, indique Catherine Poquet, directrice de l'école publique Jules-Ferry. Sami est énormément estimé. C'est un bosseur, extrêmement gentil, qui n'aime pas se mettre en avant. »

Natif de Brest, l'instituteur est un adepte de la pédagogie institutionnelle, proche du mouvement Freinet. « Sa démarche n'est pas traditionnelle mais les résultats sont là, résume Sandrine Molé, dont la fille a eu Sami Benmeziane comme enseignant en classes de CP et CE1. Il a de l'autorité sur les enfants. Il les prend au niveau où ils sont et les emmène le plus loin possible grâce à un parcours individualisé. » « Cet homme-là est tout sauf violent, insiste Catherine Poquet. Sa classe est un espace de parole permanent. C'est quelqu'un qui écoute beaucoup, qui est toujours dans la négociation. »

Taciturne mais affable, l'homme rêve de retrouver sa tranquillité. L'interpellation dont il a été l'objet, affirme-t-il, aurait pu tomber sur « n'importe qui ». « C'était un moyen de casser les manifs des enseignants, soutient Jean-Luc Le Drenn, maire divers gauche d'Indre. Les autorités ont voulu faire de Sami un exemple, ils en ont fait un martyr. »

Yan Gauchard

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