Il faut relativiser les performances finlandaises

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(extrait de André Ouzoulias : Chiffres de l'Ecole, une entreprise de manipulation  http://www.cafepedagogique.net/lesdossiers/Pages/2008/OuzouliasDeclinologuesmentent.aspx )

Toujours en prétendant s’appuyer sur les évaluations internationales, M. Darcos compare souvent la Finlande et la France, notamment pour dire que nous pourrions aisément diminuer le nombre d’heures d’enseignement sans grand dommage, puisque les élèves finlandais ont de bien meilleurs résultats avec moins d’heures d’école. On sait en effet que, dans les évaluations internationales, depuis une quinzaine d’années, les élèves finlandais sont constamment situés « dans le haut du tableau », tant en lecture qu’en mathématiques. Mais peu de commentateurs soulignent certaines spécificités qui expliquent une grande part de ces résultats. Concernant la lecture, une spécificité bien connue des linguistes est la régularité du système d’écriture du finnois : il y a 26 phonèmes dans cette langue, dont 8 voyelles (contre 37 phonèmes dont 16 voyelles en français) ; il y a 26 lettres dans l’alphabet finnois courant ; chaque phonème est toujours représenté par une même lettre et une seule4. Si on écrivait le français sur ce modèle, les mots auraient cette allure : bato (et non bateau), méri (et non mairie), kokcoque ou coq), jigo (et non gigot), etc. Pour ainsi dire, le finnois ne connaît donc pas d’autre orthographe que la graphophonologie. (et non On ne peut guère rencontrer système d’écriture plus transparent. Et pratiquement, il suffit aux enfants de connaître les lettres de l’alphabet pour savoir déchiffrer. C’est si vrai que 75 % des élèves savent déchiffrer avant d’entrer à l’école élémentaire (ils y entrent à 7 ans et non à 6 ans comme en France). La plupart des autres y parviennent lors du premier mois d’école, à travers un module adapté. Très vite, dès le début de la scolarité élémentaire, l’enseignant peut donc se concentrer sur la compréhension des textes5.
En outre, deux disciplines sont inconnues à l’école primaire finlandaise : l’orthographe (on vient de voir pourquoi) et la grammaire (la langue marque dès l’oral les cas, les genres et les nombres) et l’on peut donc économiser le temps que l’on emploie à étudier ces aspects de la langue écrite dans des écritures plus morphémiques comme le français (133 graphèmes + une morphosyntaxe purement visuelle) ou l’anglais (plus de 1 000 graphèmes !).
Mais ce n’est pas tout. Les élèves finlandais sont aussi avantagés par la façon dont se disent les nombres dans leur langue. Si on traduisait littéralement en français la suite des mots-nombres finnois de 11 à 19, on dirait « dix-un, dix-deux, dix-trois… » jusqu’à « dix-neuf » (en français cette régularité ne commence qu’à « dix-sept »). Et si on traduisait littéralement la série des mots-nombres qui disent 20, 30, 40 … 90, on dirait « deux dix, trois dix, quatre dix … neuf dix ». Traduisons maintenant de façon littérale le nombre finnois qui dit 35 : « trois dix cinq » ; … celui qui dit 71 : « sept dix un » ; … celui qui dit 80 : « huit dix ». Il n’est guère étonnant, dès lors, que les enfants finlandais entrent à l’école élémentaire en sachant pour la plupart compter, lire et écrire les nombres jusqu’à 99 : la régularité de la comptine la rend facile à engendrer et le couplage entre numération orale et écriture chiffrée est quasi immédiat.

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