Ouest France le 18 juin

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Carte scolaire assouplie : un rapport inquiétant

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Jean-Pierre Obin est l'un des deux rapporteurs sur la carte scolaire. : DR

Un document interne à l'Éducation nationale tend à montrer que l'ouverture voulue par le gouvernement renforce, au contraire, les ghettos scolaires.

Un document interne au ministère confirme les craintes exprimées par les partisans de la carte scolaire. Ce rapport, publié hier soir par Le Monde, a été rédigé par Jean-Pierre Obin et Christian Peyroux. Ces deux inspecteurs de l'Éducation nationale ont enquêté sur les conséquences des premières mesures d'assouplissement de la carte scolaire décidées par Xavier Darcos pour la rentrée 2007.

Une rentrée 2008 encore plus souple

Le ministre de l'Éducation avait voulu que 20% des élèves de collèges et lycées puissent s'inscrire ailleurs que dans leur quartier. Cet assouplissement correspondait à une demande des électeurs. Le gouvernement expliquait aussi que sa mesure allait renforcer la mixité sociale. En clair: permettre aux enfants de pauvres d'aller dans les collèges des quartiers riches.

Or, selon le rapport dévoilé hier, c'est plutôt le contraire qui s'est produit. Les inspecteurs ont planché sur 34 départements urbains. Conclusion: « Dans la plupart des départements visités, la question de la survie de certains collèges est ouvertement posée. » Parce que les classes moyennes n'ont fait que les fuir davantage. « C'est au deux extrémités de la hiérarchie des établissements que la mixité sociale est mise le plus rudement à l'épreuve: dans les établissements les plus convoités, il y a peu d'élèves de condition modeste; dans les collèges les plus évités, ce sont les catégories les plus favorisées qui ont disparu. » Les lycées et collèges cotés ont dû refuser du monde. Au lieu de chercher à mélanger les origines des élèves, les proviseurs ont eu plutôt tendance à choisir ceux qui avaient les meilleures notes. Comme d'habitude...

Au ministère, l'entourage de Xavier Darcos confirme l'existence du rapport, mais souligne qu'il « n'avait pas vocation à être rendu public ». Il était à destination du ministre, Xavier Darcos, lequel en aurait tiré, en partie, les conséquences.

Pour cette rentrée 2008, il a pourtant fait un pas de plus vers la suppression de la carte scolaire, en demandant que toutes les demandes de dérogations soient acceptées, « dans la seule limite de la capacité d'accueil de l'établissement (souhaité)». Mais, en cas de trop-plein, les élèves handicapés et boursiers seront prioritaires. Est-ce que ce sera suffisant pour renforcer la mixité des classes? Rien n'est moins sûr.

Publié dans Revue de presse

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