Libération le 13 juin

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Mesures Darcos : 350 écoles entrent en résistance
VÉRONIQUE SOULÉ
QUOTIDIEN : vendredi 13 juin 2008

A Saint-Mars-la-Jaille, une petite ville de Loire-Atlantique, les élèves de CM2 de l’école Jules-Ferry ont eu douze enseignants cette année. «Leur institutrice a eu une grossesse difficile, explique une collègue, Céline Guibert. Le jour où elle est partie en congé maternité, il n’y avait toujours personne de nommé.» Comme des dizaines dans la région, haut lieu de la contestation, l’école Jules-Ferry est occupée par les parents d’élèves. Depuis le 17 mai, ils se relaient dans les bureaux de l’administration, laissant les cours se tenir. Ce soir, ils y dormiront aux côtés d’enseignants, dans le cadre de la «nuit des écoles».

Mécontentement. Quelque 350 établissements, dans 48 départements, vont participer à cette initiative destinée à protester contre les mesures Darcos. Partie de Loire-Atlantique, l’idée est soutenue par la FCPE, la première fédération de parents d’élèves. Les raisons du mécontentement sont multiples : fermeture d’une classe sous prétexte d’une baisse d’effectifs, crainte de sureffectifs, manque d’enseignants spécialisés dans l’aide aux élèves en difficultés (les Rased).

«Tout a commencé avec les réunions d’explication sur les réformes : les nouveaux programmes et la réduction de la semaine de 26 à 24 heures avec les deux heures supprimées allant à du soutien individualisé, explique Céline Guibert. Chez nous c’est impossible à mettre en place.» Cette aide individualisée ne pourrait en effet avoir lieu que le midi. Le matin et le soir, les horaires du car scolaire ne peuvent être changés. Or, à midi, la pause n’est que d’une heure et demie : «Les élèves en difficulté devraient ainsi faire la journée continue.»

Un peu partout, on critique la précipitation dans la mise en place des réformes et le manque de concertation. Dans le Val-de-Marne, c’est de loin la suppression du samedi matin et la diminution des heures d’enseignement qui heurtent le plus. «On nous dit qu’on va pouvoir ainsi aider les 15 % d’élèves en difficulté, explique Alain Buch, de la FCPE. Mais en réduisant les horaires de cours, on aggrave encore leurs difficultés. En plus, le samedi était pour beaucoup de parents l’occasion de voir les profs.»

«Ménage». Paris est l’autre bastion de la résistance. A l’école Saint-Merri, en plein centre, les parents bloquent chaque matin la rue du Renard durant vingt minutes. «On nous supprime une classe de petite section de maternelle car la moyenne des effectifs est de 24-25, ce qui veut dire que l’an prochain, on fermera une moyenne section, déplore une mère, Delphine Delem. A terme, notre école, qui accueille des élèves handicapés et a une pédagogie particulière, est menacée.»

Pour des problèmes «sanitaires», l’inspecteur d’académie de Paris a voulu fermer les écoles occupées ce samedi matin. Mais la mairie, qui gère les locaux scolaires, a annoncé qu’elles resteraient ouvertes «dans des conditions d’hygiène» correctes. Prenant acte que «le ménage serait fait avant l’arrivée des élèves», l’inspecteur, rassuré, a finalement bien voulu que les cours aient lieu.

Publié dans Revue de presse

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