Le Monde le 8 juin

Publié le par Webmaster

Des écoles occupées contre "les réformes Darcos"



D'un côté, un ministre de l'éducation ayant assuré qu'il était prêt à "surinvestir" dans l'enseignement primaire, là où les difficultés sont concentrées. De l'autre, au coeur d'un quartier populaire, le sentiment d'un désengagement de l'Etat. Enseignante, Sabine Gessain occupe, à l'école de la rue Pajol, dans le 18e arrondissement de Paris, un poste de soutien en lecture pour les élèves en difficulté. Selon les syndicats, les cinq postes de ce type à Paris seraient supprimés à la rentrée.

L'information n'est pas confirmée, mais elle nourrit les craintes devant la "réforme Darcos". Même sans ce cas particulier, l'école Pajol serait "en lutte" et "occupée" par des parents mécontents, solidaires des grèves des enseignants.

GRÈVE TOURNANTE

Parti, à la base, sans mot d'ordre syndical, un mouvement d'occupation d'écoles s'est installé dans la capitale. Les protestataires dénoncent, pêle-mêle, le "démantèlement de l'école", la "casse du service public", les suppressions de postes, les nouveaux programmes, les stages de remise à niveau pour les élèves en difficulté, ou le nouveau fichier central "Base élèves".

Depuis le 15 mai, les enseignants de l'école Pajol observent une grève tournante reconductible, suivie chaque jour par un quart à un tiers d'entre eux. La situation est similaire dans la plupart des écoles voisines.

Vendredi 6 juin, une dizaine de parents et quelques enseignants sont encore présents vers 19 heures. Mère d'une élève en CE2, Cécile Delaroue, traductrice, représentante des parents élue sur une liste indépendante, indique : "Je n'ai pas rencontré, depuis un mois, de parents hostiles à la grève". Selon Bernard Dubois, un des responsables de la Fédération des conseils de parents d'élèves (FCPE) de Paris, "une cinquantaine d'écoles sont perturbées par roulement", et le mouvement, "d'abord centré dans les 18e, 19e et 20e arrondissements parisiens, s'étend à d'autres quartiers".

Le rectorat, qui coiffe 771 écoles à Paris, refuse de confirmer ces chiffres. "Il s'agit essentiellement d'occupations du bureau des directrices ou directeurs, sans incidence sur le bon fonctionnement de la scolarité", remarque-t-on dans les services académiques. Mais dans une autre école du 18e, la directrice fait état d'une grève reconductible suivie par un tiers de l'équipe depuis plus d'un mois.

"Il y a une effervescence dans certaines écoles", commente Gilles Moindrot, secrétaire général du SNUipp-FSU. Selon lui, parents et enseignants, au-delà des cercles militants, "ont le sentiment que les différentes réformes en cours vont toutes dans le sens du dénigrement de l'école primaire". Le mouvement prépare, vendredi 13 juin, "la nuit des écoles occupées", qui se traduirait par l'occupation de 1 000 établissements. Parti d'Angers, ce mot d'ordre a gagné les départements de l'Ouest, puis de la région parisienne.

Luc Cédelle et Catherine Rollot

Publié dans Revue de presse

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